TEXTES: Is 62, 1-5; PS 88 (89), 16-17.27.29; Ac 13, 16-17.22-25; Mt 1, 1-25
PRÉDICATEUR: P. Roméo YEMSO, SVD
THÈME: Dieu qui nous surprend par sa naissance dans l’ordinaire.
Bien aimés dans le Christ Jésus, en cette veillée nous célébrons la Nuit Sainte aux éclats de la lumière, le grand mystère de l’incarnation, « Dieu qui se fait Homme pour habiter parmi nous », sur notre planète. Au-delà des Pyrénées, la Nuit Sainte de la Nativité de notre Seigneur se veut comme un espace à la fois matériel et spirituel où se révèle un Dieu caché, un Dieu qui se dévoile totalement puis progressivement dans la conscience de l’humanité et de l’homme. C’est ce que nous comprenons par la prière d’ouverture de cette solennité nuptiale : << Seigneur tu as fait resplendir cette nuit très sainte des clartés de la vraie lumière ; de grâce, accorde-nous, qu’illuminés dès ici-bas par la révélation de ce mystère, nous goûtons dans le Ciel la plénitude de sa Joie >>.
En effet, la liturgie dans l’année nous offre deux Nuits Saintes : celle que nous célébrons aujourd’hui (Dies Natalis) et celle de la veillée pascale. Historiquement parlant, la Nuit Très Sainte de la veillée pascale précède celle d’aujourd’hui. La Nuit Sainte de la Pâque nous fait vivre la passion, la mort et la résurrection du Christ, Seigneur et Roi de l’univers. Et, pendant que l’exultet est chanté en cette nuit de tout anéantissement et tout abaissement, le Ciel s’unit à la Terre et l’Homme rencontre Dieu lui-même. Notre Nuit Sainte, dans le contexte de la COVID-19 et sa pandémie sous ses multiples formes politico-économico- socio- religieuses, nous ouvre sur une octave de fêtes qui attestent et confirment la nature du grand mystère de l’Incarnation. Ces fêtes se déploient dans la naissance de l’Enfant de Nazareth, Humble et Pauvre de famille pour habiter parmi les pauvres, les «anawim» de Dieu: il s’agit de la commémoration des Saints Étienne (1er martyr), Jean l’évangéliste, les saints innocents ( les martyrs muets, témoins fidèles de l’Enfant-Jésus par leur mort) et la célébration de l’Enfant-Jésus par Marie , Mère de Dieu depuis le concile d’Éphèse en 431.
Bien aimés dans le Christ Jésus, l’intelligence de ce grand mystère et son efficacité dépendent de notre capacité de foi, d’expériences ici et là, d’ouverture de notre cœur à accueillir et accepter l’autre, l’Autre autrement Autre dans notre vie de chaque jour, dans le bonheur dans la joie comme, dans le malheur ou de contre toute espérance attendue. Dieu Tout Grand et Puissant se fait Tout Petit, Humble, Pauvre pour entrer en nous et dans notre monde à nous. C’est pour cela qu’il s’explique l’image d’un petit enfant couché dans une mangeoire, d’une nuit profonde au milieu des bergers sans chez, sans un statut social, des errants, des nomades, des marginalisés. L’image de ce Petit Enfant nous fait penser à notre propre enfance si douloureuse et si joyeuse pour s’inscrire dans un registre divin, une école sans nom où une mère nous allaité, donner à manger, nous apprend à marcher, nous éduque de la famille jusqu’aux différentes écoles de la vie humaine.
Bien aimés dans le Christ Jésus, l’histoire nous enseigne que Dieu est né, après des siècles de préparation, mais à sa naissance, aucun des grands de ce monde ne le reçoit. Ils ne le reçoivent pas dans la ville sacrée de Bethléem, ils ne l’accueillent pas dans les maisons des riches citoyens du lieu, car ils la font fermer par peur des voleurs. C’est pourquoi il vient au monde à ciel ouvert et ils l’inclinent sur une mangeoire d’animaux, afin qu’il puisse ainsi apparaître comme le seigneur et le sauveur de tous les êtres vivants.
Rappelons-nous aussi, qu’en ce temps-là, il n’y avait ni image, ni enregistreur, bref ni informatique pour perpétuer l’événement, ni l’empereur de Rome, ni le prêtre de Jérusalem, ni le sage d’Athènes, ni le mystique de l’Inde, ni le marchand de Chine, ni le chaman de Sibérie … Il n’y a personne à qui Dieu peut raconter son histoire d’alliance à moins qu’ils ne soient des «bergers». En effet, les bergers étaient à cette époque, des irréguliers, comme si aujourd’hui nous devions dire: ceux qui n’ont pas de maison, pas de dîner, pas de sécurité, des marchands, des exilés, des immigrés …
Personne ne reçoit Jésus (rois, prêtres, marchands…). Tout le monde est occupé à autre chose, ils ont d’autres emplois, des problèmes sanitaires, économiques, politiques, des festivités… Mais il y a des gens qui sont libres pour Dieu, dans les champs, dans les campagnes, en dehors des grandes listes des célébrations officielles, comme les bergers d’alors. Seulement quelques bergers qui n’ont rien, pas de maison, seulement quelques écuries en plein champ, dans des nuits profondes et remplies de leurs…
Oui ! Vraiment Notre Dieu est né parmi les expulsés de la ville, parmi les émigrants, les nomades de la vie, les tribus urbaines ou les gens de la steppe. Il y avait là des bergers, des gens qui passent, qui observent la nuit. Qui pourrait être autour de là, la nuit ? Qui peut venir à la grotte ? Nous aimerions appeler la police, la gendarmerie. Mais non. Parmi les exclus, en dehors de la vie sociale organisée, il y a les bergers qui viennent trouver l’Enfant-Jésus « dans la crèche » et nos crèches.
Bien aimés dans le Christ Jésus, en un mot comme en mille, la nuit est un moment de peur, ce n’est pas de se promener dans les champs, ce n’est pas d’aller dans les grottes … Mais c’est une nuit différente, une nuit pour l’enfant à naître, pour les marginalisés du pays de venir adorer un Enfant Pauvre et Humble, image de tous les enfants du Père Miséricordieux.
Comment comprendre ce mystère de l’incarnation dans notre vie aujourd’hui ? Telle devrait être le sens et l’interprétation de cette nativité dans notre monde en gémissement.
Bien aimés dans le Christ Jésus, comme dans toute vie, toute rencontre humaine, ce nous goûtons, voyons et entendons d’un autre n’est qu’une partie de son mystère, ainsi se vit le mystère de l’incarnation de notre Seigneur dans nos propres vies. Tout dépend de notre volonté, de notre cœur pour mieux vivre et cerner cette naissance nouvelle dans notre monde couronné de toutes les crises précitées. Que par la catéchèse, les sacrements d’initiations à l’Enfant Jésus, nous obtenions la lumière. Que par les pauvres homélies et commentaires de nos pasteurs, vous vous appropriez ce mystère. Et par vos expériences personnelles et communautaires la Lumière, la foi, l’espérance et la charité contaminent le coeur de l’humanité et de tout un chacun de nous: <<Désormais, nous connaissons en lui Dieu qui s’est rendu visible à nos yeux, et nous sommes entraînés par lui à aimer ce qui demeure invisible>>, nous chante la Première Préface de Noël. Dans cette Nuit Sainte que la joie nous inonde de partout pour la naissance d’un peuple nouveau.
Pouvons-nous prolonger notre méditation festive avec cette pauvre poésie aux sensations infinies ?
Poème : Noël ! Et encore Noël dans nos artères !
Oui! Noël, la naissance de l’Enfant Jésus, Qui passe dans la nuit
La Lumière qui traverse nos nuits, La Lumière qui surgit de notre intérieure
Dans nos cœurs de pierres et d’épines, Dans nos terres de laideur et de violences
Noël, notre nouvel exode, notre mystère de vie et d’enfantement
Témoignages de Saint Etienne, des enfants innocents, des enfants avortés,
Des enfants dans nos familles, des sans logis, et d’autres de la rue.
Noël et encore Noël pour Dieu de devenir Homme, Pour Homme de devenir dieu.
Noël et encore Noël, un peuple dans sa longue marche, une Jérusalem Nouvelle aux décors des guirlandes, aux danses des gamins, au réveil des consciences, à la descente des renards, aux interrogatoires des puissants. Au rythme des saisons, aux jeux de la nuit et du jour; au bêlement des bêtes; aux inquiétudes des bergers; aux chants des oiseaux; aux gloria des anges; aux fatigues des rois mages; aux joies de Joseph et de Marie; dans la famille de David.
Que devant la Lumière du Verbe et l’Esprit de Grâce se dissipent les ténèbres du péché et la Nuit de l’incroyance. Et que l’Amour de Jésus habite dans nos cœurs. Amen!